Travailleur social au consulat de France à Buenos Aires, militant engagé et secrétaire d’une toute jeune section des Français·es de l’étranger, Thomas nous raconte la naissance de la section d’Argentine, ses particularités et son ambition : voir émerger une candidature socialiste aux législatives pour les Français d’Amérique latine.
Qu’est-ce qui t’a donné envie d’être secrétaire de section ?
Ce qui m’a donné envie, c’était d’abord et avant tout de créer une section. Elle n’existait pas il y a encore un an : nous sommes partis de zéro, avec un groupe de 10 amis et l’idée d’agir à notre niveau. Le groupe m’a proposé comme secrétaire et ce rôle me plaisait bien, alors je me suis dit pourquoi pas.
Quelle est la particularité de ta section ?
Une de nos particularités fondamentales, c’est de travailler pour la communauté française à l’étranger. On partage tous une attache commune très forte, notre culture, et quand on est Français·es à l’étranger, on crée des liens beaucoup plus rapidement et plus profondément. Ça permet vraiment de fédérer politiquement. Je travaille moi-même au consulat comme travailleur social, ce qui me permet aussi de connaître au plus près les dispositifs d’aide qui existent pour les Français·es de l’étranger.
C’est quoi une semaine type dans ta section ?
Comme c’est une toute jeune section, il n’y a pas encore de routine bien établie, même si on y travaille. On a eu un temps de consolidation, puis on a été pas mal occupé·es par la campagne des élections consulaires. La prochaine étape, c’est justement de créer plus de rendez-vous récurrents. Pour l’instant, on se réunit une fois par mois physiquement et on fait des points digitaux chaque semaine avec tous·tes les militants et les militantes.
Quels sont les profils des militant·es de ta section ?
Il y a deux profils de Français·es à l’étranger. D’abord les expatrié·es, qui sont en Argentine pour 3 à 5 ans. Ils et elles ont en général des contacts intéressants au consulat ou à l’ambassade, donc même s’ils et elles ont moins de temps à consacrer au militantisme, c’est précieux pour accélérer certains processus ou faire évoluer les droits des Français·es de l’étranger. Ensuite, il y a celles et ceux qui ont immigré en Argentine pour des raisons familiales ou amoureuses. Parfois ce sont aussi des Argentin·es qui ont la nationalité française. Ils et elles parlent très bien la langue, ce qui est un vrai atout pour les actions locales, et sont en général plus conscient·es des enjeux propres aux Français·es sur place. Ces deux profils sont très complémentaires : c’est ce qui nous permet de mener des actions efficaces et pérennes, et ce qui rend notre section unique et attractive.
Quel est l’action ou l’événement dont tu es le plus fier cette année ?
Sans hésiter, la campagne des élections consulaires. On a appris à la dernière minute qu’on ne partait pas avec les Verts, et on a su très bien rebondir. Les réseaux sociaux de la campagne ont été très animés, et on a aussi organisé un événement qui a été couronné de succès.
C’est quoi ta plus grande fierté socialiste ?
De manière générale, ce sont les valeurs du socialisme : la défense des idées de gauche, l’histoire du parti, son poids dans le paysage politique et ses personnalités iconiques.
C’est quoi le combat local qui te tient le plus à cœur en ce moment ?
Depuis l’arrivée du président ultra-libéral Javier Milei, plusieurs droits acquis sont en danger et un recul social important a lieu, alors même que sur certains sujets, comme le droit des minorités sexuelles, l’Argentine est plus avancée que la France. On aimerait vraiment pouvoir insuffler notre énergie française en Argentine et soutenir les mouvements de résistance locaux, notamment sur la protection de l’éducation publique et gratuite et le féminisme. En ce qui concerne précisément la communauté française en Argentine, nous défendons les bourses scolaires, les aides sociales, l’accès aux retraites et la mise en place de réseaux d’entraide.
On dit souvent que la politique c’est compliqué, vous, vous répondez quoi ?
Je dirais, depuis notre humble et courte expérience, que si on fait les choses bien et si l’envie est là, ça donne des résultats. Sans doute que la clé est de faire les choses à fond, y croire et se donner les moyens.
Quelle est ton ambition à court ou long terme pour ta section ?
Notre ambition, c’est qu’il y ait un candidat ou une candidate socialiste des Français de l’étranger pour l’Amérique latine aux élections législatives. La circonscription a été perdue par la gauche en 2017 et actuellement, une seule sur les onze existantes (celle du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest) a un député de gauche. L’idéal serait que ce soit un·e camarade de notre section, mais l’objectif est surtout d’avoir une candidature socialiste en Amérique latine, peu importe le pays !
C’est quoi le plus grand mythe que tu veux briser ?
L’idée reçue ou le préjugé que convaincre passe surtout par les slogans, les promesses, les compromissions. Je pense qu’au contraire la sincérité et la lucidité fédèrent. Aller parler avec les gens, un par un, les écouter et essayer de les comprendre de la manière la plus sincère possible : il me semble qu’on peut convaincre sans en faire des tonnes, par le travail personnel et l’empathie.
Quel est le militant ou la militante qui t’inspire le plus, et pourquoi ?
Tous les membres de la section ont des profils et des parcours différents, riches et inspirants, par leur histoire, leurs valeurs et leur relation à la France et à l’Argentine . Il est donc difficile d’isoler une seule personne. Mais je pense qu’il est impossible de ne pas nommer Marine Dettori qui a été notre tête de liste aux élections consulaires. Elle est enseignante au lycée français de Buenos Aires, où elle est également représentante du personnel. Elle a mené notre campagne consulaire, géré remarquablement nos réseaux sociaux, est allée à toutes les manifs, à tous les événements publics : j’admire son implication et ses convictions. On a commencé à militer au même moment et, en si peu de temps, tout ce qu’elle a fait suscite l’admiration !