Le Parti socialiste a appris avec émotion le décès d’Yves Lacoste, géographe, fondateur de la revue Hérodote et figure majeure de la pensée française contemporaine.
Avec lui disparaît l’un des grands intellectuels qui auront profondément renouvelé notre manière de comprendre le monde. Son œuvre a marqué plusieurs générations de chercheurs, d’étudiants, d’enseignants, d’élus et de citoyens. Elle a contribué à replacer au cœur du débat public le rôle des territoires, des frontières, des ressources et des représentations dans les rapports de pouvoir qui façonnent l’histoire des peuples.
Par son livre devenu classique, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, Yves Lacoste a montré que la géographie n’était pas seulement une discipline scolaire ou académique. Elle est un instrument de compréhension du réel, un savoir indispensable pour analyser les conflits, les stratégies de puissance, les rivalités territoriales et les transformations du monde.
Mais Yves Lacoste fut aussi un intellectuel engagé. Très tôt, son expérience du Maghreb et ses travaux consacrés au Maroc puis à l’Algérie le conduisirent à porter un regard critique sur le système colonial. À une époque où cette position était loin de faire consensus, il s’opposa à la guerre d’Algérie et s’intéressa aux défis auxquels étaient confrontés les peuples engagés dans la conquête de leur indépendance.
Il fut également l’un des premiers géographes français à faire des pays du tiers-monde et de la question du sous-développement un objet central de recherche. Ses travaux ont contribué à mieux comprendre les mécanismes économiques, sociaux et territoriaux qui produisent et entretiennent les inégalités entre les nations. Cette attention portée aux rapports de domination, aux héritages de la colonisation et aux déséquilibres du développement mondial constitue l’un des fils conducteurs de son œuvre.
Son parcours rappelle que la connaissance n’est jamais totalement neutre. Comprendre les territoires, c’est aussi comprendre les rapports de force qui les traversent. Comprendre le monde, c’est permettre aux peuples de mieux maîtriser leur destin. Cette exigence intellectuelle et démocratique irrigue l’ensemble de son travail.
Alors que les tensions géopolitiques, les rivalités de puissance, les conflits armés et les fractures territoriales occupent à nouveau le devant de la scène internationale, l’héritage d’Yves Lacoste apparaît plus précieux que jamais. Bien avant beaucoup d’autres, il avait compris que la mondialisation n’effaçait ni les territoires, ni l’histoire, ni les rapports de force. Il nous rappelle que la compréhension du monde demeure une condition de la liberté des peuples et de la souveraineté démocratique.
Par son travail scientifique, par son engagement contre les aveuglements du colonialisme et par sa contribution décisive au renouvellement de la géographie et de la géopolitique françaises, Yves Lacoste laisse une œuvre considérable qui continuera d’éclairer celles et ceux qui cherchent à comprendre le monde pour mieux le transformer.
Le Parti socialiste adresse ses pensées à sa famille, à ses proches, à ses élèves ainsi qu’à l’ensemble de la communauté scientifique.