La décision du gouvernement de reporter certaines épreuves orales du baccalauréat en raison des fortes chaleurs interroge profondément. Bien évidemment, personne ne contestera la nécessité absolue de protéger la santé des élèves, des enseignants et des personnels éducatifs face à des températures excessives. La sécurité doit toujours primer.
Mais derrière cette décision présentée comme pragmatique, une question essentielle se pose : comment un pays comme la France peut-il encore être surpris par des épisodes de chaleur intense devenus désormais prévisibles, réguliers et structurels ?
Depuis plusieurs années, les climatologues alertent : les vagues de chaleur vont se multiplier, s’intensifier et toucher plus durement nos infrastructures publiques. L’école n’échappe évidemment pas à cette réalité. Pourtant, combien d’établissements scolaires restent aujourd’hui inadaptés ? Combien de salles de classe, d’espaces d’examen ou de bâtiments publics demeurent de véritables passoires thermiques, incapables d’accueillir élèves et personnels dans des conditions acceptables ?
Le financement promis en 2023 par l’État aux collectivités locales pour adapter les établissements scolaires au changement climatique reste très largement insuffisant au regard de l’ampleur des besoins et sans commune mesure avec les crédits annoncés : en 2025, ce dispositif doté d’une enveloppe globale de 1,15 milliards d’euros ne consacrait que 260 millions à l’adaptation au changement climatique dans le cadre du nouveau Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3).
Les collectivités dénoncent à juste titre un financement très insuffisant : en effet, avec environ 52 000 bâtiments scolaires, le coût global de rénovation/adaptation est estimé entre 40 et 50 milliards !
Nous sommes bel et bien face à un sous-financement chronique de l’adaptation climatique.
En conséquence le report des oraux du baccalauréat révèle moins un aléa climatique qu’un problème politique : celui d’un manque criant d’anticipation.
On connait les périodes d’examen. On connaît l’évolution du climat. On sait que des milliers d’établissements nécessitent des investissements urgents pour adapter les bâtiments scolaires aux nouvelles réalités environnementales. Et pourtant, année après année, les pouvoirs publics semblent gérer l’urgence plutôt que préparer l’avenir.
Cette décision traduit une forme préoccupante d’improvisation permanente qui devient malheureusement la marque de fabrique de l’action gouvernementale : attendre la crise, constater les difficultés, puis organiser en catastrophe des solutions de court terme, qui plus est plaçant les équipes éducatives dans des situations particulièrement complexes à résoudre faute de moyens et d’infrastructures adaptés.
Mais gouverner, ce n’est pas subir les événements. Gouverner, c’est prévoir.
L’Éducation nationale mérite mieux que des réponses improvisées. Les élèves qui préparent un examen décisif méritent mieux que l’incertitude de reports décidés au dernier moment. Les personnels éducatifs méritent mieux que des établissements inadaptés aux conditions climatiques du XXIe siècle.
Le dérèglement climatique n’est plus une hypothèse future. Il impose dès maintenant et plus globalement une transformation profonde de nos services publics, de nos infrastructures et de nos modes d’organisation.
Le report des oraux du bac ne doit donc pas être regardé comme un simple incident de calendrier. Il constitue un signal politique.
Un signal qui rappelle avec force qu’en matière d’adaptation climatique, l’impréparation de l’État ne peut plus tenir lieu de politique publique.
Yannick TRIGANCE
Secrétaire national PS Éducation
Conseiller régional Ile-de-France