Secrétaire de section depuis 6 ans dans une ville d’opposition, Judith fait partie d’un noyau dur de militant·es, devenu·es au fil du temps une véritable famille. Entre permanences pour les sans-papiers, marché du samedi et combat pour la végétalisation de la ville, elle nous raconte une section qui résiste et qui tisse du lien.
Qu’est-ce qui t’a donné envie d’être secrétaire de section ?
Notre section est composée de très ancien·nes adhérent·es, arrivé·es en 2006 et même bien avant : c’est un vrai noyau dur, et beaucoup d’entre nous ont déjà été secrétaires de section avant moi. Moi, ça fait maintenant 6 ans que je le suis. En 14 ans, nous n’avons été que 5 personnes à ce poste, ce qui donne une vraie continuité. Au fil du temps, on est tous·tes devenu·es davantage ami·es que camarades. Les liens se nouent d’autant plus que l’échelon de la section est très axé sur le local : notre section, c’est avant tout un lieu d’information sur l’actualité locale et municipale. On compte 50 adhérent·es, dont 20 particulièrement impliqué·es, et la plupart d’entre nous avons déjà été élu·es à un moment ou un autre.
Quelle est ta plus grande fierté au quotidien en tant que secrétaire de section ?
C’est de mettre du lien entre les personnes, pour qu’on ait envie de se voir pas seulement en réunion, mais aussi pour des moments conviviaux, en dehors du cadre militant. On est très identifié·es par les élu·es actuel·les de la majorité comme l’opposition de référence. Ma fierté, c’est de garder ce lien en essayant d’y intégrer de nouveaux visages, et de prolonger les moments militants pour qu’on sente qu’on appartient toutes et tous à la même famille, même si on est un parti démocratique où les avis divergent parfois. Chacun a ses affinités, et c’est normal.
C’est quoi un mois type dans ta section ?
Dans un mois classique, on a une réunion de la commission administrative qui prépare l’ordre du jour et fixe la date de la prochaine assemblée générale. Cette AG peut être couplée à un événement national, comme celle consacrée aux amendements du projet socialiste que l’on a faite récemment. À côté de ça, on se retrouve toutes les semaines au café, après le marché, le samedi matin à la buvette qu’on ait tracté ce jour-là ou non. On produit aussi des vidéos thématiques pour montrer nos actions dans la ville, qu’on diffuse sur les réseaux sociaux de la section.
Est-ce que tu sens que le socialisme est toujours une force de terrain ?
Oui, clairement, et on est beaucoup plus militants que les autres partis de gauche à Boulogne. Eux ne viennent que pour les événements, pas dans le quotidien. Nous, on fait des permanences pour les sans-papiers ; on avait pour ambition de faire de notre local de campagne un lieu de vie pour aider les personnes dans le besoin… En ce moment, il sert de plateforme logistique pour une association ukrainienne qui envoie des vêtements, des conserves et des médicaments en Ukraine. Les autres partis sont présents pour les actes politiques et moins pour l’accompagnement des gens.
Quel est l’action ou l’événement dont tu es le plus fière cette année ?
L’assemblée générale de section pour amender le projet socialiste. Ça a vraiment fédéré politiquement, c’était riche et stimulant : on a adoré ce moment.
Quel moment t’a donné envie de ne jamais lâcher ?
C’est tout le temps passé, toute l’énergie et la force qu’on met dans notre militantisme, le fait d’être dans une ville d’opposition et de continuer malgré tout à résister, à faire vivre le socialisme. Ne jamais lâcher l’affaire.
C’est quoi le combat local qui te tient le plus à cœur en ce moment ?
Les questions environnementales. On est la seule ville de France de plus de 100 000 habitants à ne pas avoir de zone piétonne ni suffisamment d’espaces verts. Notre combat, c’est de faire comprendre aux commerçants qu’ils ont tout intérêt à voir la ville se piétonniser.
C’est quoi le plus grand mythe sur le militantisme que tu veux briser ?
Que ça prend du temps. En réalité, chacun donne le temps dont il dispose, et personne n’est jugé sur ça : chacun donne à sa mesure. L’autre mythe, c’est que ce serait un club d’intellectuels un peu snob, ce n’est pas du tout notre réalité ! Il y a tous les sociotypes et c’est ce qui fait notre richesse
Quel est le militant ou la militante qui t’inspire le plus, et pourquoi ?
Raphaël, un jeune adhérent né en 2004. Il a toujours une approche historique et neutre des choses : il pose un problème avec un diagnostic, pas avec un point de vue tout fait. Il est motivé et toujours présent et ça donne de l’espoir pour la jeunesse ! Il y a aussi Danièle et Michèle qui, même si elles nous suivent de loin maintenant, ont été des femmes d’une génération qui a précédé les militants actuels et dont les convictions, notamment en matière de féminisme ou lutte contre les extrêmes, était (et est restée) inébranlable.
C’est quoi votre prochaine grande ambition ?
Faire renaître notre journal de section, trimestriel, qu’on distribuera sur les marchés, avec le soutien et le regard neuf de Raphaël notamment.