- Lundi 27 juillet 2026
Mercredi 8 juillet, il a suffi de quelques minutes à la majorité de droite et du centre du Sénat pour enterrer cinq mois de travail parlementaire. La mission d’information sur la souffrance psychique au travail, présidée par la sénatrice socialiste Monique Lubin, avait auditionné chercheurs, médecins, syndicats, organisations patronales et victimes. Son rapport n’a même pas été autorisé à voir le jour.
Ce rapport ne dérangeait pas par ses excès. Il dérangeait par sa lucidité.
Un rapport rejeté, pas réfuté
Personne, dans la majorité sénatoriale, n’a contesté le diagnostic : la souffrance psychique liée au travail progresse, elle tue, elle brise des vies, et elle prend racine dans l’organisation du travail elle-même — pas seulement dans la fragilité de celles et ceux qui en souffrent. Ce que la droite et le centre ont refusé, c’est d’en tirer les conséquences.
La rapporteure Annick Girardin ne s’y est pas trompée : elle dénonce une droite sénatoriale « enfermée dans une idéologie », qui a rejeté en bloc un texte pourtant équilibré au seul motif qu’il pourrait « fragiliser les entreprises ». La présidente de la mission, la sénatrice socialiste Monique Lubin, ne cache pas sa sidération : « j’ai été un peu sidérée, franchement ». Un rejet qu’elle qualifie sans détour d’idéologique.
Ce qu’on a voulu faire disparaître
Le rapport ne se limitait pas à la question, présentée comme le seul point de friction, de la reconnaissance des pathologies psychiques comme maladies professionnelles. Il portait 39 recommandations concrètes : mieux définir l’épuisement professionnel, former les managers à repérer les signaux de souffrance, accompagner les PME, créer des cellules d’écoute indépendantes dans la fonction publique. Un travail construit, documenté, utile — jugé trop dangereux pour être publié.
Une seule ligne rouge a suffi à tout faire échouer
Une poignée de recommandations a mis le feu aux poudres : celle d’ouvrir une négociation sur un tableau de maladies professionnelles dédié aux pathologies psychiques, et celle de recréer une instance de santé au travail dans l’entreprise. Deux mesures que les organisations patronales rejettent depuis toujours. Face à ce choix, la majorité sénatoriale a tranché — contre les salariés.
Deux poids, deux mesures
Ce rejet a été accueilli par un silence médiatique quasi total. Un contraste frappant avec le sort réservé, quelques semaines plus tôt, à un autre rapport parlementaire tout aussi disputé.
Fin avril, à l’Assemblée nationale, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public a validé la publication de son rapport à une voix de majorité seulement : douze voix pour, dix contre. La gauche elle-même avait voté contre, dénonçant la méthode et le parti pris du texte. Malgré cette opposition massive, assumée par près de la moitié de ses propres membres, ce rapport a été publié, commenté, débattu sur toutes les chaînes.
Un rapport contesté par une large part de ses membres a donc eu droit à l’existence publique. Un rapport sur la souffrance psychique au travail, dont même la présidente de la mission reconnaît qu’il ne comportait rien qui justifiait un tel rejet, a lui été purement et simplement effacé.
La différence ne tient ni à la qualité du travail parlementaire, ni au niveau de consensus. Elle tient à ce que chaque rapport dérangeait. Quand il s’agit de fragiliser l’audiovisuel public, la majorité de droite et du centre sait faire vivre un texte controversé jusqu’au bout. Quand il s’agit de protéger les travailleurs contre les effets du patronat sur leur santé mentale, elle choisit d’éteindre le débat avant même qu’il commence.
Le silence n’est pas une politique de santé publique
Santé mentale « grande cause nationale » d’un côté, rapport parlementaire enterré et passé sous silence de l’autre : le grand écart est total. On ne protège pas les travailleurs en refusant de regarder leur souffrance en face. On ne protège pas non plus les entreprises en les dispensant d’interroger leur organisation du travail.
Le Parti Socialiste exige la publication intégrale du rapport de la mission d’information et de ses 39 recommandations. Les salariés qui souffrent au travail ne méritent pas un débat escamoté à huis clos, ni un silence médiatique. Ils méritent des réponses.
Anne Sophie De Surgy, Secrétaire Nationale à la Santé Mentale
Dominique Ramuscello, Délégué auprès du Secrétariat national à la Santé Mentale