À l’approche des élections législatives du 25 octobre, nous exprimons notre soutien à toutes les forces démocratiques qui œuvrent pour permettre l’alternance, restaurer l’État de droit et inscrire durablement la Serbie dans la famille européenne.
L’amitié entre la France et la Serbie est ancienne, profonde et appartient à nos deux peuples. Elle ne saurait être réduite à une relation personnelle entre dirigeants, ni être instrumentalisée par Aleksandar Vučić ou Emmanuel Macron. La France doit entretenir avec la Serbie une relation d’État à État, mais aussi de peuple à peuple, fondée sur le respect, la souveraineté et les valeurs démocratiques communes.
Nous demeurons favorables à l’intégration européenne des Balkans occidentaux. Mais l’adhésion à l’Union européenne ne peut être seulement une déclaration de politique étrangère : elle suppose un État de droit effectif, une administration indépendante du pouvoir politique, une lutte déterminée contre la corruption, des élections libres et transparentes, une presse libre et pluraliste, le respect du droit de vote et la protection des droits des minorités.
Or, les conditions dans lesquelles se prépare le scrutin du 25 octobre demeurent préoccupantes. Les recommandations formulées par l’OSCE/ODIHR à la suite des précédentes élections n’ont été que partiellement mises en œuvre. Les questions relatives au registre électoral, au pluralisme médiatique et à l’égalité des conditions de campagne demeurent particulièrement sensibles.
Les informations actuellement rendues publiques par des organisations de la société civile sur la procédure de candidature et les listes électorales doivent être prises au sérieux et faire l’objet de vérifications indépendantes. Elles renforcent la nécessité d’une surveillance citoyenne du processus électoral, à chaque étape, jusqu’au dépouillement.
Une différence majeure existe cependant cette fois-ci : la mobilisation étudiante permet d’envisager un contrôle beaucoup plus important du processus au niveau local, depuis la vérification des listes électorales jusqu’à la présence de représentants et d’observateurs dans les bureaux de vote. La Commission électorale républicaine a officiellement proclamé la liste « Student List – Students Win » pour le scrutin du 25 octobre.
Nous appelons donc à ce que le changement démocratique puisse avoir lieu. Toutes les forces politiques, associatives, syndicales, citoyennes et étudiantes qui souhaitent mettre fin au verrouillage du système doivent pouvoir contribuer, chacune à leur place, à cette dynamique.
Nous voulons à cet égard saluer particulièrement deux engagements.
Nous apportons notre soutien à la Stranka slobode i pravde (SSP) et à la coalition « EvropskaSrbija », qui portent explicitement l’ambition d’une Serbie européenne, fondée sur l’État de droit, des médias libres, une justice indépendante, la lutte contre la corruption et des institutions démocratiques. La coalition affirme clairement que l’avenir européen de la Serbie passe par la construction d’un État démocratique moderne.
Nous saluons également particulièrement la décision de la Demokratska stranka (DS) de ne pas présenter sa propre liste et de mettre ses capacités militantes et organisationnelles au service du mouvement étudiant. Cette décision, prise en assumant le risque de ne pas défendre directement ses propres couleurs électorales, traduit un choix politique clair : contribuer à faire du mouvement étudiant un vecteur possible du changement démocratique. La DS a depuis confirmé son soutien sans réserve à la liste étudiante et organisé une mobilisation spécifique de ses militants et de ses moyens pour contribuer au contrôle électoral.
Ces deux démarches sont différentes mais peuvent être complémentaires pour peu que l’objectif recherché d’une véritable alternance soit bien partagé : celle d’une force politique qui porte explicitement le projet européen de la Serbie et celle d’un parti qui choisit de soutenir le mouvement capable, aujourd’hui, de créer les conditions politiques du changement.
Le Parti socialiste appelle donc toutes les forces qui veulent réellement ouvrir une nouvelle page démocratique en Serbie à travailler ensemble, au-delà de leurs différences, pour garantir la sincérité du scrutin et permettre aux citoyens serbes de décider librement de leur avenir.
La démocratie serbe doit également pouvoir se tourner vers l’avenir plutôt que vers les nationalismes du passé. Une Serbie pleinement européenne doit être une Serbie respectueuse de ses voisins, de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale. Cela implique de rompre avec les narratifs entretenant la nostalgie d’une « Grande Serbie », comme ont encore pu le montrer les conditions quasi officielles entourant les funérailles de Ratko Mladić, condamné par la justice internationale pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
La réconciliation des Balkans ne peut passer par la réhabilitation de ceux qui ont porté les guerres et les violences des années 1990. Elle passe par la reconnaissance des victimes, le respect des frontières, le dialogue entre les peuples et l’adhésion pleine et entière aux valeurs européennes.
Enfin, le Parti socialiste appelle le Parti populaire européen (PPE) à aller au terme de sa démarche concernant le SNS. La crédibilité des familles politiques européennes repose aussi sur leur capacité à tirer les conséquences des atteintes aux principes démocratiques lorsqu’elles sont commises par leurs partenaires. Le PPE doit notamment se démarquer clairement des forces européennes d’extrême droite et de leurs convergences politiques avec la Russie de Vladimir Poutine.
La France a besoin d’une relation forte avec la Serbie. L’Europe a besoin d’une Serbie européenne. Et la Serbie a besoin de pouvoir choisir librement son avenir. Le Parti socialiste appelle donc au changement démocratique en Serbie et exprime sa solidarité avec toutes celles et tous ceux qui, pacifiquement, travaillent à le rendre possible.
Anna PIC, députée de la Manche, vice-présidente du groupe PS de l’Assemblée nationale chargée des relations internationales
Pierre PRIBETICH, député de la Côte d’Or, chef de file des députés socialistes à la commission des affaires étrangères
Rachid TEMAL, sénateur du Val d’Oise, vice-président de la commission des affaires étrangères et des forces armées
Chloé RIDEL, députée européenne, membre de la commission des affaires étrangères du Parlement européen
Cécilia GONDARD, secrétaire nationale à l’Europe, membre de la présidence du PSE
Dylan BOUTIFLAT, secrétaire national aux relations internationales