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OUTRE-MER : UNE VICTOIRE EUROPÉENNE POUR NOS TERRITOIRES, MAIS UN PAQUET RUP ENCORE TROP TIMIDE

Le Parlement euro­péen vient d’adopter un amen­de­ment trans­par­ti­san per­met­tant d’exempter les Outre-mer du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF). Ce méca­nisme, qui allait aug­men­ter le coût des impor­ta­tions de ciment, acier ou engrais hors de l’Union euro­péenne, c’est-à-dire venant de nos bas­sins géo­gra­phiques, n’était pas adap­té à nos réa­li­tés géo­gra­phiques. Il venait éga­le­ment contra­rier les effets recher­chés par la loi por­tée par Audrey Bélim visant à faci­li­ter l’importation, depuis les bas­sins géo­gra­phiques des Outre-mer, de maté­riaux de construc­tion adap­tés à leurs besoins.

La déro­ga­tion, d’une durée de quatre ans et avec pos­si­bi­li­té de renou­vel­le­ment, pour­ra être obte­nue sur simple noti­fi­ca­tion de l’État membre, sans auto­ri­sa­tion préa­lable de la Commission. Cette vic­toire a été le fruit de tra­vaux trans­par­ti­sans aux­quels ont plei­ne­ment par­ti­ci­pé nos euro­dé­pu­tés socia­listes, sous l’impulsion de Nora Mebarek, co-pré­si­dente de la délé­ga­tion fran­çaise du groupe des socia­listes et démo­crates au Parlement euro­péen. Cette vic­toire reste désor­mais à être confir­mée lors des dis­cus­sions avec le Conseil qui per­siste à défendre une déro­ga­tion limi­tée au seul cas des catas­trophes natu­relles, ce qui est inac­cep­table. Nous appe­lons le Gouvernement fran­çais à défendre la posi­tion adop­tée par le Parlement euro­péen auprès de ses par­te­naires. Cette avan­cée notable est essen­tielle pour main­te­nir l’activité éco­no­mique de nos ter­ri­toires ain­si que leur inser­tion dans le com­merce régio­nal.

Ce vote pro­longe d’ailleurs un mou­ve­ment enga­gé quelques jours plus tôt. Jeudi der­nier, la Commission euro­péenne assor­tis­sait pour la pre­mière fois sa stra­té­gie pour les régions ultra­pé­ri­phé­riques (RUP) d’un véri­table paquet régle­men­taire trans­ver­sal, des­ti­né à adap­ter direc­te­ment plu­sieurs légis­la­tions euro­péennes aux réa­li­tés de ces ter­ri­toires. C’est un chan­ge­ment de méthode impor­tant que nous saluons.

Plusieurs mesures doivent être saluées : les dis­po­si­tions en faveur de la pêche à Mayotte, l’intégration du manioc, de l’igname et du taro dans la liste euro­péenne des fruits et légumes, les ren­dant enfin éli­gibles aux aides euro­péennes, ou encore le pro­lon­ge­ment de l’octroi de mer jusqu’en 2030.

Mais ce pre­mier pas reste trop timide au regard des enjeux aux­quels sont confron­tés nos territoires.

Trop timide d’abord sur le bud­get euro­péen. Le texte ne pré­juge pas des futures négo­cia­tions bud­gé­taires, alors même que l’avenir de la poli­tique de cohé­sion dans les Outre-mer est aujourd’hui en dis­cus­sion. Alors que nos ter­ri­toires risquent de perdre leur sta­tut spé­ci­fique en étant mis en concur­rence avec des régions hexa­go­nales pour l’accès aux fonds euro­péens, nous conti­nue­rons de deman­der une enve­loppe dédiée aux Outre-mer d’au moins 2,5 mil­liards d’euros au titre du FEDER et du FSE+, ain­si que le main­tien d’un taux de cofi­nan­ce­ment euro­péen à 85 %.

Trop timide pour nos agri­cul­teurs. La Commission rap­pelle le rôle essen­tiel joué aujourd’hui par le POSEI, mais n’apporte aucune garan­tie sur son ave­nir après 2027, ni sur son main­tien comme ins­tru­ment euro­péen auto­nome doté d’une enve­loppe propre. Or le POSEI est le seul dis­po­si­tif agri­cole euro­péen spé­ci­fi­que­ment conçu pour com­pen­ser les contraintes struc­tu­relles des RUP. Nous deman­dons donc son ren­for­ce­ment bud­gé­taire et sa sanc­tua­ri­sa­tion et nous refu­se­rons sa dilu­tion dans un dis­po­si­tif natio­nal où les agri­cul­teurs ultra­ma­rins seraient mis en concur­rence avec d’autres priorités.

S’agissant de l’Organisation com­mune des mar­chés (OCM) agri­cole, les mesures pro­po­sées consti­tuent une pre­mière avan­cée, mais elles doivent aller plus loin pour tenir compte des réa­li­tés des RUP, mieux pro­té­ger les pro­duc­tions locales et ren­for­cer la rési­lience de leurs filières agricoles.

La ques­tion des semences et des plants reste entière, mal­gré une mesure sur les contrôles sani­taires qui ne cor­res­pond pas aux demandes expri­mées. Par exemple, à La Réunion, les agri­cul­teurs ont besoin d’un accès à des semences adap­tées aux spé­ci­fi­ci­tés de l’hémisphère Sud alors que seules des semences de l’hémisphère Nord sont auto­ri­sées à ce stade. Les réponses appor­tées à ce stade res­tent insuf­fi­santes alors même que la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, inter­ro­gée par Audrey Bélim, avait lais­sé espé­rer une évo­lu­tion sur cette mesure de bon sens et atten­due de longue date.

Trop timide pour nos pêcheurs. Nous deman­dons une adap­ta­tion ciblé de l’OCM dans le sec­teur des pro­duits de la pêche et de l’aquaculture, ain­si que du Fonds euro­péen pour les affaires mari­times, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA). Il s’agit notam­ment de per­mettre aux RUP de dis­po­ser de méca­nismes de sta­bi­li­sa­tion des mar­chés adap­tés à leurs contraintes, tout en ren­for­çant le déve­lop­pe­ment de filières halieu­tiques essen­tielles à l’emploi, à l’activité éco­no­mique et à la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire de nos territoires.

Nous saluons ce chan­ge­ment de méthode : l’article 349 doit deve­nir un réflexe pour adap­ter les poli­tiques euro­péennes aux réa­li­tés des RUP. Mais cette ambi­tion doit désor­mais être confir­mée et amplifiée.

Elle devra l’être lors des pro­chaines négo­cia­tions bud­gé­taires, par le main­tien de moyens euro­péens à la hau­teur des besoins de nos ter­ri­toires, mais aus­si par des dis­po­si­tifs réel­le­ment adap­tés à leurs contraintes agri­coles, cli­ma­tiques et géographiques.

Ces dis­cus­sions peuvent paraître tech­niques ou loin­taines. Elles auront pour­tant des consé­quences très concrètes sur la vie quo­ti­dienne des cinq mil­lions de citoyens euro­péens vivant dans les régions ultrapériphériques.

Les Outre-mer ne demandent pas un trai­te­ment de faveur : ils demandent que l’Europe tienne réel­le­ment compte de leurs réalités.

Audrey BÉLIM, Secrétaire natio­nale du Parti socia­liste aux rela­tions Outre-mer / Europe, Sénatrice de La Réunion

Nora MEBAREK, Députée euro­péenne, Co-Présidente de la délé­ga­tion fran­çaise du groupe S&D au Parlement européen

 

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