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Alain et le défi de faire vivre la gauche en territoire hostile !

« Les générations qui nous ont précédés ont traversé des périodes bien plus difficiles, à nous de ne pas baisser les bras » – Alain, secrétaire de section de Saint-Cloud

Bonjour Alain, peux-tu nous racon­ter ton par­cours militant·es ?

Je suis proche du Parti socia­liste depuis tou­jours. Il y a eu des périodes où j’ai pris un peu de dis­tance, mais je suis tou­jours res­té sym­pa­thi­sant. J’ai fina­le­ment pris ma carte à l’é­poque de Lionel Jospin, parce que c’est à ce moment-là que j’ai eu envie de m’en­ga­ger pleinement.

Sur le plan pro­fes­sion­nel, j’ai tra­vaillé dans le conseil en mana­ge­ment auprès de la fonc­tion publique. Aujourd’hui, en cumu­lé, sur 2 périodes dif­fé­rentes, cela fait vingt ans que je suis secré­taire de section.

Pourquoi as-tu rejoint le Parti socialiste ?

Depuis tou­jours, ce qui me motive, c’est la lutte contre les inéga­li­tés sociales. J’ai envie de vivre dans une socié­té qui recherche davan­tage d’é­ga­li­té, de jus­tice et de solidarité.

En regar­dant le pay­sage poli­tique, je n’ai jamais trou­vé d’autre par­ti capable de por­ter cette ambi­tion avec autant de cohé­rence. Le Parti socia­liste défend le pro­grès social sans perdre de vue le réel, et c’est cette com­bi­nai­son qui m’a convaincu.

À Saint-Cloud, où la gauche est très mino­ri­taire, cet enga­ge­ment prend encore plus de sens. Militer ici, c’est accep­ter d’être dans un envi­ron­ne­ment poli­tique peu favo­rable, mais conti­nuer mal­gré tout à défendre ses convictions.

Pourquoi es-tu deve­nu secré­taire de section ?

Honnêtement, je ne l’a­vais pas vrai­ment recher­ché. Cette res­pon­sa­bi­li­té m’est un peu tom­bée des­sus, à deux reprises. Mais lors­qu’il a fal­lu reprendre la sec­tion, je l’ai fait parce que quel­qu’un devait assu­rer cette continuité.

Avec le temps, j’ai décou­vert tout ce que repré­sente ce rôle : main­te­nir une équipe, orga­ni­ser la vie mili­tante, gar­der le col­lec­tif uni, même lorsque la période est compliquée.

À quoi res­semble la vie de ta section ?

Être secré­taire de sec­tion demande beau­coup de pré­pa­ra­tion. Les réunions ne s’im­pro­visent pas : il faut sou­vent pla­ni­fier un ou deux tri­mestres à l’a­vance, réflé­chir aux sujets que l’on sou­haite trai­ter, choi­sir les for­mats, invi­ter éven­tuel­le­ment des intervenants.

J’aime orga­ni­ser des réunions thé­ma­tiques qui per­mettent d’al­ler au fond des sujets. Une sec­tion est aus­si un lieu de for­ma­tion poli­tique, où cha­cun peut appro­fon­dir sa réflexion et confron­ter ses idées.

Quelle est ta plus grande fier­té comme secré­taire de section ?

Ma plus grande fier­té est col­lec­tive. Malgré les dif­fi­cul­tés, nous avons réus­si à main­te­nir une sec­tion vivante pen­dant plus de vingt ans.

Nous avons gar­dé un rythme de réunion men­suel, des militant·es présent·es et investi·es, alors qu’il aurait été très facile de bais­ser les bras. Dans une ville comme Saint-Cloud, faire vivre dura­ble­ment une sec­tion est déjà une réus­site en soi.

Le renou­vel­le­ment des militant·es est par­fois dif­fi­cile, notam­ment à l’ap­proche des muni­ci­pales, mais nous avons tou­jours conti­nué à avancer.

Quel est le pro­fil des militant·es de ta section ?

Notre sec­tion ras­semble des pro­fils très variés. Nous comp­tons beau­coup de militant·es âgé·es de 30 à 45 ans, mais aus­si des retraité·es très investis.

Il y a notam­ment plu­sieurs femmes d’une soixan­taine d’an­nées qui ont toutes une expé­rience impor­tante dans le monde asso­cia­tif. Elles apportent énor­mé­ment à la vie de la sec­tion. Cette diver­si­té d’âges et de par­cours fait toute la richesse de nos échanges.

Quels conseils don­ne­rais-tu pour bien ani­mer une section ?

Animer une sec­tion est un exer­cice plus exi­geant qu’on ne l’i­ma­gine. Il faut trou­ver un équi­libre per­ma­nent entre la sou­plesse et l’organisation.

Une réunion ne peut pas deve­nir une dis­cus­sion de bis­trot où cha­cun parle en même temps. Mais à l’in­verse, il faut aus­si lais­ser les militant·es échan­ger libre­ment et se répondre.

Avec le temps, j’ai appris qu’il fal­lait don­ner un rythme, orga­ni­ser la cir­cu­la­tion de la parole et veiller à ce que cha­cun puisse s’ex­pri­mer. Lorsque les dis­cus­sions deviennent désor­don­nées, les gens repartent frus­trés avec le sen­ti­ment de ne pas avoir été respectés.

Au début, je trou­vais cet équi­libre dif­fi­cile à atteindre. Aujourd’hui, je sais qu’il ne faut pas hési­ter à faire preuve d’au­to­ri­té lorsque c’est néces­saire, tout en res­tant suf­fi­sam­ment souple pour lais­ser vivre le débat.

Quel moment t’a don­né envie de ne jamais lâcher ?

En réa­li­té, il n’y a pas de moment en par­ti­cu­lier. C’est même tout l’in­verse : dans les périodes dif­fi­ciles, le rôle du secré­taire de sec­tion est jus­te­ment de rap­pe­ler aux militant·es pour­quoi ils·elles sont là.

J’aime com­pa­rer ce rôle à celui d’un capi­taine sur son navire. Quand la mer est agi­tée, il faut conti­nuer à tenir le cap et convaincre les autres qu’ils ont rai­son d’être là.

Les périodes les plus éprou­vantes ne sont pas for­cé­ment les défaites élec­to­rales, mais plu­tôt les conflits internes. Les militant·es aspirent à davan­tage d’har­mo­nie et de cohé­rence, et il faut réus­sir à pré­ser­ver le col­lec­tif mal­gré les désaccords.

Qu’apprend-on en mili­tant dans ta sec­tion qu’on n’ap­prend nulle part ailleurs ?

On apprend à vivre avec la diver­si­té des opi­nions. Militer, ce n’est pas être entou­ré de per­sonnes qui pensent exac­te­ment comme soi.

On apprend à écou­ter, à res­pec­ter les désac­cords, à construire des com­pro­mis et à conti­nuer à tra­vailler ensemble mal­gré les dif­fé­rences. Cela demande beau­coup de tolé­rance, mais aus­si beau­coup d’humour.

Quel est le com­bat local qui te tient le plus à cœur ?

Le com­bat le plus impor­tant reste celui des élec­tions muni­ci­pales. Nous avons même failli ne pas réus­sir à consti­tuer une liste, avant d’y par­ve­nir avec nos partenaires.

Au-delà de cette échéance, le simple fait d’exis­ter poli­ti­que­ment à Saint-Cloud est déjà un enga­ge­ment. J’aime dire que nous sommes un peu les « pan­das » de la poli­tique : une espèce rare dans un milieu très hostile.

Justement parce que nous sommes mino­ri­taires, il est essen­tiel qu’une autre vision de la socié­té conti­nue à être por­tée localement.

Comment vois-tu évo­luer ton territoire ?

En vingt ans, j’ai obser­vé un véri­table bas­cu­le­ment culturel.

Les idées de l’ex­trême droite se sont pro­gres­si­ve­ment bana­li­sées. Certaines prises de posi­tion qui auraient cho­qué autre­fois sont aujourd’­hui expri­mées beau­coup plus librement.

Ce chan­ge­ment dépasse lar­ge­ment les résul­tats élec­to­raux : il touche aus­si la vie locale, les poli­tiques publiques et les com­por­te­ments du quotidien.

On dit sou­vent que la poli­tique est com­pli­quée. Que réponds-tu ?

Je réponds que la poli­tique a tou­jours été compliquée.

Ce qui est par­ti­cu­lier aujourd’­hui, c’est le cli­mat de pes­si­misme per­ma­nent qui donne par­fois l’im­pres­sion que tout est deve­nu impos­sible. Je crois qu’il faut prendre de la distance.

Les géné­ra­tions qui nous ont pré­cé­dés ont elles aus­si tra­ver­sé des périodes extrê­me­ment dif­fi­ciles. Une par­tie du rôle d’un res­pon­sable de sec­tion consiste jus­te­ment à rap­pe­ler cette his­toire et à évi­ter que le décou­ra­ge­ment ne l’emporte.

Si tu devais convaincre quel­qu’un d’adhé­rer au Parti socia­liste, que lui dirais-tu ?

Je lui dirais que c’est le bon endroit pour celles et ceux qui veulent réduire les inéga­li­tés tout en gar­dant les pieds sur terre.

Le Parti socia­liste n’est pas uni­que­ment un par­ti de contes­ta­tion. Nous savons ce que signi­fie gou­ver­ner, nous connais­sons les réa­li­tés du quo­ti­dien et nous cher­chons des solu­tions concrètes.

Contrairement à l’i­mage que cer­tains en ont, le Parti socia­liste reste aus­si un lieu où la diver­si­té des points de vue existe réellement.

Quel est le plus grand mythe sur le mili­tan­tisme que tu aime­rais déconstruire ?

L’idée selon laquelle les militant·es seraient de simples exécutant·es chargé·es d’ap­plau­dir leurs dirigeants.

La réa­li­té est tout autre. Au Parti socia­liste, nous pas­sons notre temps à dis­cu­ter, y com­pris entre res­pon­sables. Dans ma sec­tion, il existe une règle simple : cha­cun parle à son tour et per­sonne ne coupe la parole.

Nous ne sommes pas obli­gés d’être d’ac­cord sur tout, et c’est pré­ci­sé­ment cette diver­si­té qui nour­rit le débat politique.

Que consi­dères-tu que l’en­ga­ge­ment t’ap­porte dans la vie de tous les jours ?

Il m’ap­porte avant tout des rencontres.

Je côtoie des per­sonnes qui ont des par­cours, des métiers, des his­toires et des expé­riences très dif­fé­rentes. Cette diver­si­té est une source d’en­ri­chis­se­ment permanent.

Chaque réunion, chaque échange ou chaque visio­con­fé­rence avec des militant·es venu·es de toute la France me rap­pelle à quel point notre enga­ge­ment repose sur une richesse humaine incroyable. Je conti­nue d’être fas­ci­né par cette diversité.

Quels militant·es t’ins­pirent le plus ?

Ce sont sou­vent les plus anciens.

Dans notre sec­tion, notre doyen avait 104 ans. J’ai éga­le­ment connu des militant·es qui avaient vécu les grandes luttes du siècle der­nier. Cette mémoire vivante est précieuse.

Ce qui m’ins­pire chez eux, c’est leur fidé­li­té, leur enga­ge­ment sur la durée et leur capa­ci­té à trans­mettre. Ils montrent que le mili­tan­tisme est une aven­ture qui dépasse lar­ge­ment une génération.

Comme le disait Victor Hugo : « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent. »

 

 

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