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Macron envoie le lycée professionnel dans une impasse

– Jeudi 4 mai 2023

Olivier Faure, Premier secré­taire du Parti socia­liste
Yannick Trigance, secré­taire natio­nal à l’École, au Collège et au Lycée

Le pré­sident de la République vient de pré­sen­ter sa réforme du lycée pro­fes­sion­nel comme une « cause natio­nale ». Elle se fera tou­te­fois par voie de décrets et donc sans débat au par­le­ment. Nous ne pou­vons que le déplorer. 

Cette réforme repose essen­tiel­le­ment sur l’augmentation des stages, la rému­né­ra­tion des ensei­gnants et la carte des for­ma­tions. Elle consti­tue à la fois une démis­sion et une menace pour le lycée pro­fes­sion­nel en même temps qu’elle aggrave la désor­ga­ni­sa­tion de la voie pro­fes­sion­nelle scolaire.

L’augmentation des stages confirme la volon­té pré­si­den­tielle d’un rap­pro­che­ment accen­tué entre les entre­prises et les éta­blis­se­ments sco­laires. La seule réponse d’Emmanuel Macron à la perte d’attractivité du lycée pro­fes­sion­nel consiste à indem­ni­ser les élèves en stage. Cela en dit long sur son manque d’ambition édu­ca­tive et de consi­dé­ra­tion pour les pro­fes­seurs et per­son­nels concernés. 

Le trans­fert des logiques édu­ca­tives vers l’entreprise s’inscrit dans l’objectif pré­si­den­tiel de pro­fes­sion­na­li­sa­tion pré­coce des élèves au détri­ment des temps d’enseignement déjà dimi­nués depuis la réforme de 2019. Cette dimi­nu­tion du temps d’enseignement entraî­ne­ra de sur­croît des sup­pres­sions de postes d’enseignants au lycée professionnel. 

Nous nous oppo­sons à cette vision qui consiste à construire un pro­gramme édu­ca­tif uni­que­ment sur l’accès à l’emploi des élèves par la mul­ti­pli­ca­tion des stages. Les élèves de la voie pro­fes­sion­nelle ne sont pas réduc­tibles à des jeunes tra­vailleurs. Alors que le monde du tra­vail est en pleine évo­lu­tion, que les car­rières ne sont plus linéaires et les rup­tures pro­fes­sion­nelles fré­quentes, il ne s’agit pas de for­mer des jeunes à un seul emploi mais bien à pou­voir en chan­ger, à se for­mer et à rebon­dir, ce qui implique l’acquisition d’un socle d’enseignement géné­ral et pro­fes­sion­nel consis­tant. C’est une erreur de croire qu’en aban­don­nant toute ambi­tion cultu­relle on per­met­tra aux jeunes de la voie pro­fes­sion­nelle de réus­sir leur inté­gra­tion dans monde du travail. 

Concernant la rému­né­ra­tion des ensei­gnants, elle est une nou­velle fois – comme pour les autres ensei­gnants – condi­tion­née à une charge de tra­vail sup­plé­men­taire, rejoi­gnant en cela le « tra­vailler plus pour gagner plus » récem­ment annon­cé et mas­si­ve­ment reje­té par les enseignants.

Enfin, la refonte des cartes de for­ma­tion au niveau natio­nal avec une réorien­ta­tion vers les métiers en ten­sion et les métiers d’avenir devra pré­ci­ser le poids de cha­cun des par­te­naires dans le pro­ces­sus déci­sion­naire d’ouverture et de fer­me­ture des filières – col­lec­ti­vi­tés, ser­vices de l’État, éta­blis­se­ments et repré­sen­tants des branches professionnelles –.

Le par­ti socia­liste réaf­firme l’impérieuse néces­si­té de main­te­nir pour les élèves de lycée pro­fes­sion­nel un haut niveau d’exigence en matière d’enseignement : c’est pour­quoi l’entreprise ne peut être consi­dé­rée comme un lieu de for­ma­tion mais bel et bien comme un lieu de mise en œuvre de ce qui est appris au lycée. L’accès à l’emploi n’est pas la for­ma­tion à un métier et l’apprentissage ne sau­rait être réduit à l’adaptation à un poste de travail. 

La logique néo­li­bé­rale qui consiste à mettre en place une pro­fes­sion­na­li­sa­tion lar­vée des élèves va à l’encontre de l’acquisition d’une culture com­mune et d’une éman­ci­pa­tion par les savoirs et les connais­sances. Ce n’est pas parce que l’enseignement pro­fes­sion­nel accueille les enfants des milieux les plus modestes qu’il faut en rabattre sur leur for­ma­tion intel­lec­tuelle. Bien au contraire. 

Les socia­listes réaf­firment que l’enseignement pro­fes­sion­nel ne peut être condam­né à être une voie de relé­ga­tion, ni ses lycéens à ser­vir de main‑d’œuvre à bon mar­ché aux entre­prises, d’où la néces­si­té pour notre jeu­nesse d’avoir les outils d’une for­ma­tion ini­tiale solide afin de pou­voir pro­gres­ser dans leur parcours.

Ce n’est en tout cas pas le che­min choi­si par le pré­sident de la République avec cette réforme du lycée professionnel.

Télécharger le com­mu­ni­qué de presse

 

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