C’est avec une profonde émotion que le Parti socialiste apprend le décès d’Edgar Morin.
Avec lui disparaît l’une des grandes figures intellectuelles françaises, un homme dont la vie aura épousé l’histoire de deux siècles. Né en 1921, Edgar Morin aura connu la montée du fascisme, la Résistance, la Shoah, la Guerre froide, la décolonisation, la construction européenne, la mondialisation et l’irruption de la question écologique au cœur du destin humain. Peu d’intellectuels auront traversé autant de bouleversements historiques sans jamais cesser, jusqu’à ses derniers jours, d’interroger notre avenir commun.
Héritier du XXᵉ siècle dont il aura traversé les tragédies, les espérances et les bouleversements, il fut aussi l’un des penseurs qui ont éclairé les défis du XXIᵉ siècle.
Résistant face à la barbarie nazie, sociologue, philosophe, penseur engagé, Edgar Morin n’a jamais cessé de mettre son intelligence au service d’une même exigence : comprendre le monde pour mieux y agir.
Son œuvre immense a marqué notre époque. Avec La Méthode, cette œuvre monumentale qui ambitionnait de constituer une nouvelle encyclopédie pour notre temps, il entreprit de retisser les liens entre des savoirs que nos sociétés avaient trop souvent séparés. Toute sa vie, Edgar Morin nous aura invités à penser ensemble ce qui paraît opposé, à reconnaître les interdépendances qui façonnent nos existences et à refuser les lectures réductrices du réel.
Bien avant que ces enjeux ne s’imposent au cœur du débat public, il avait également perçu l’ampleur de la question écologique. De Terre-Patrie à ses derniers écrits, il avait compris que les défis climatiques, sociaux, démocratiques et géopolitiques formaient désormais une même question : celle de notre communauté de destin. Dans un monde fragmenté, traversé par les crises et les tensions, cette intuition demeure d’une actualité saisissante.
Écouté bien au-delà de nos frontières, traduit dans de nombreuses langues, Edgar Morin fut l’une des rares voix intellectuelles françaises dont l’influence s’exerçait à l’échelle du monde. À l’écoute des sociétés, des cultures et des peuples, il cherchait inlassablement ce qui relie les êtres humains plutôt que ce qui les oppose.
Pour la gauche, Edgar Morin fut une voix singulière. Une voix qui refusait les dogmes sans renoncer à l’émancipation, qui se méfiait des certitudes sans céder au relativisme. Marqué dans sa chair par les tragédies du XXᵉ siècle, par la Shoah et par le destin des Juifs d’Europe, il n’a jamais cessé de défendre la dignité humaine contre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme et de haine. Son humanisme exigeant, forgé dans les épreuves de l’histoire, irrigue l’ensemble de son œuvre.
Tout au long de sa vie, il prit position lorsque la conscience lui commandait de le faire. Fidèle à son humanisme, il se tint aux côtés de celles et ceux dont il estimait que la dignité ou les droits étaient menacés, de son engagement contre la guerre d’Algérie à son soutien de longue date à une paix juste entre Israéliens et Palestiniens, en passant par ses nombreux combats pour la justice et la fraternité entre les peuples.
Mais ceux qui l’ont rencontré se souviennent aussi d’un homme dont le regard demeurait curieux, dont le sourire accompagnait les combats et dont l’inépuisable appétit de comprendre allait de pair avec un profond amour de la vie. Jusqu’à plus de cent ans, Edgar Morin aura conservé cette capacité rare à s’émerveiller du monde tout en refusant de détourner les yeux de ses drames.
Jusqu’à ses derniers jours, il aura porté un message de lucidité, d’espérance et de confiance dans les capacités humaines. Face aux crises de notre temps, il refusait aussi bien le fatalisme que la résignation. Il croyait dans la capacité des femmes et des hommes à agir sur leur destin collectif et à construire un avenir commun.
Le Parti socialiste adresse ses pensées à sa famille, à ses proches, à ses élèves, à ses lecteurs ainsi qu’à toutes celles et tous ceux qui, en France et à travers le monde, continueront de faire vivre son œuvre.
Edgar Morin nous quitte. Il nous laisse une œuvre immense. Il nous laisse surtout une exigence : ne jamais renoncer à comprendre. À celles et ceux qui doutent de l’avenir, il continuera de rappeler que rien n’est jamais écrit d’avance et que l’espérance n’est pas l’attente passive de jours meilleurs, mais une force d’action.