Hier, le journal Le Monde a révélé que le NCMEC (National Center for Missing and Exploited Children), un organisme américain de lutte contre la pédocriminalité internationale, avait identifié des activités en ligne suspectes de l’homme soupçonné d’avoir tué Lyhanna et avait transmis ces informations à l’Office mineurs (OFMIN), le service français chargé de la lutte contre les violences sexuelles faites aux mineurs.
Ces activités en ligne, remontant à il y a plusieurs mois, n’ont jamais été portées à la connaissance de la justice. C’est un nouveau dysfonctionnement grave dans notre système de prévention et de répression des actes pédocriminels.
Ce nouveau dysfonctionnement révèle :
- Un manque de moyens pour nos services d’enquête. En 2025, l’OFMIN a reçu 180 000 signalements, soit une moyenne de 493 par jour, mais ne compte qu’une quarantaine d’enquêteurs, contre les 85 prévus à la création de l’office il y a trois ans.
- La prolifération des contenus pédocriminels en ligne. À mesure que les outils technologiques rendent la diffusion de contenus pédocriminels plus faciles, leur volume croît de façon spectaculaire, alimentant un cercle vicieux de consommation et d’action criminelle.
La proposition de loi transpartisane portée par Céline Thébault Martinez, députée de Seine-et-Marne, visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants a marqué un tournant, en ambitionnant de créer dans le Code pénal une infraction autonome visant les créateurs de contenus pédocriminels, y compris lorsqu’ils sont produits au moyen de l’intelligence artificielle.
Parallèlement, Colette Capdevielle, députée des Pyrénées-Atlantique, et Céline Hervieu, députée de Paris, ont déposé une proposition de loi renforçant le cadre pénal pour la répression de la cyberpédocriminalité et la protection des mineurs. En plus de la création d’une infraction spécifique sanctionnant les contenus pédocriminels, ce texte propose :
- D’adapter la durée de garde à vue pour les crimes et délits sexuels commis en bande organisée sur mineurs dans le contexte numérique, reconnaissant la complexité des enquêtes cyber et la volumétrie massive des preuves à analyser.
- De renforcer les obligations des auteurs condamnés, en imposant la déclaration préalable de tout déplacement hors du territoire national quinze jours au plus tard avant ledit déplacement afin de prévenir les infractions transfrontalières et de répondre à la criminalité itinérante.
- D’étendre le champ d’application du Code pénal pour y inclure la responsabilité pénale des administrateurs et modérateurs de groupes de discussions en ligne qui facilitent ou ne s’opposent pas à la diffusion de contenus pédocriminels.
Cette proposition de loi a été soutenue par un collectif d’élus et de représentants d’associations dans une tribune au Monde le 4 juin dernier. Il y a urgence à agir contre toutes les formes de violences faites aux femmes et enfants, notamment contre la pédocriminalité en ligne et d’accompagner ces initiatives législatives de moyens alloués aux unités d’investigation spécialisées comme l’OFMIN.