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Soutien à l’Ukraine : Tout repose désormais sur les Européens

Olivier Faure, Premier secré­taire du Parti socia­liste
Dylan Boutiflat, Secrétaire natio­nal aux rela­tions internationales

 

Nous avons pris connais­sance avec conster­na­tion de la confé­rence de presse don­née par le pré­sident Trump le 12 février qui invite Vladimir Poutine à négo­cier « la fin des com­bats » en Ukraine. 

A la conster­na­tion d’une négo­cia­tion entre le loca­taire de la Maison Blanche avec un indi­vi­du accu­sé de crimes de guerre par la Cour pénale inter­na­tio­nale vient s’ajouter la teneur de celle-ci. Ainsi, le Président Trump, écar­tant l’Ukraine et l’Europe, ava­lise les buts de guerre du Kremlin, accep­tant l’annexion de pans entiers du ter­ri­toire ukrai­nien au pro­fit de l’agresseur russe, au mépris des bases élé­men­taires du droit et des trai­tés, tout en excluant la pers­pec­tive d’une adhé­sion future à l’OTAN.

Une telle entrée en négo­cia­tion est un encou­ra­ge­ment à l’usage de la force comme règle­ment des conflits futurs et ava­lise la stra­té­gie de gri­gno­tage des fron­tières de la Russie depuis l’invasion de la Géorgie en 2008. 

En échange de ces mau­vais pro­cé­dés, Trump va jusqu’à exi­ger d’exploi­ter ses richesses du sous-sol ukrai­nien pour se “rem­bour­ser” de l’aide amé­ri­caine et au final impo­ser à l’Union Européenne de se por­ter garante des condi­tions de la paix sur le sol ukrai­nien. Cette situa­tion est inima­gi­nable, l’accepter serait un grave pré­cé­dent. Nous devons impo­ser la pré­sence de l’Ukraine, de l’UE et du Royaume-Uni dans des négo­cia­tions qui ne peuvent s’ouvrir qu’avec la volon­té des ukrai­niens eux-mêmes.

Tout repose désor­mais sur les Européens. Nous sommes lucides : si l’Ukraine tombe, en tout ou par­tie, ce sont les pays de l’Union Européenne qui seront demain la cible des visées du Kremlin. Les accords de Munich en 1938 doivent ser­vir de mémoire aux Européens. 

Le temps presse, nous n’avons que trop tar­dé à réa­li­ser la gra­vi­té de la situa­tion. Alors que l’invasion à grande échelle de l’Ukraine va bien­tôt entrer dans sa qua­trième année. L’Union euro­péenne doit prendre en main son des­tin face à l’ex­pan­sion­nisme russe ou au néo-impé­ria­lisme de l’admi­nis­tra­tion Trump visible au Canada, Groenland ou au Panama. Trump et Poutine par­tagent cer­tains axes idéo­lo­giques et montrent une conni­vence dan­ge­reuse. Écartant le droit, ils sont reve­nus à des logiques de puis­sance et d’intérêt. Les pays euro­péens doivent assu­rer leur sécu­ri­té par eux-mêmes, et ces­ser de délé­guer leur défense à un par­te­naire dont la fia­bi­li­té n’est plus assurée.

Le président de la République doit aller plus loin qu’une réunion de crise à l’Élysée. Nous devons avoir un inves­tis­se­ment mili­taire et indus­triel à la hau­teur des enjeux qui passe par une mutua­li­sa­tion des coûts et la mise en place d’une force mili­taire qui ne soit plus mobi­li­sable uni­que­ment en réponse à une agres­sion (comme pré­vu dans les trai­tés) mais qui soit aus­si capable de se pro­je­ter pour défendre nos inté­rêts stra­té­giques face aux nou­veaux impé­ria­lismes.  Alors que l’allié amé­ri­cain tourne le dos au conti­nent euro­péen, nous devons revoir la répar­ti­tion UE/OTAN sur laquelle nous, euro­péens, avons fon­dé notre sécurité.

L’Europe doit désor­mais affir­mer, sans honte ni hési­ta­tion, sa puis­sance. C’est indis­pen­sable si elle veut peser sur la marche du monde. Tout recul ou atten­tisme entraî­ne­ra une aggra­va­tion de la situa­tion à brève échéance en Moldavie, Géorgie, Arménie et dans l’Union Européenne elle-même.

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